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  • La clause arabe du mémorandum irano-américain

    La clause arabe du mémorandum irano-américain



    La déclaration États-Unis–Conseil de coopération du Golfe du 25 juin ne se contente pas d’accompagner le mémorandum irano-américain. Elle en fixe une lecture arabe : pas d’hégémonie iranienne reconnue, pas de milices sanctuarisées, et, pour le Liban, une couverture régionale nouvelle à l’hypothèse d’un accord durable de paix et de sécurité avec Israël.

    La déclaration commune publiée le 25 juin par les États-Unis et le Conseil de coopération du Golfe mérite mieux qu’une lecture rapide. À première vue, elle accompagne la séquence ouverte par le mémorandum d’entente entre Washington et Téhéran. En réalité, elle en modifie profondément la portée politique.

    Depuis la signature de ce mémorandum, l’Iran et ses relais ont tenté d’en imposer une lecture triomphale : Téhéran aurait résisté, Washington aurait accepté de composer avec lui, et les dossiers régionaux seraient désormais traités dans une logique de reconnaissance mutuelle. Les fronts ouverts par l’Iran dans le monde arabe conserveraient ainsi leur fonction stratégique, de Gaza au Liban, de l’Irak au Yémen, jusqu’au détroit d’Ormuz.

    La déclaration États-Unis–CCG vient corriger cette lecture. Elle ne détruit pas le mémorandum. Elle ne ferme pas la voie de la négociation avec l’Iran. Mais elle en fixe les limites. Elle transforme ce qui pouvait apparaître comme une victoire narrative iranienne en dispositif conditionnel : pas d’arme nucléaire, pas de normalisation économique automatique, pas de mise entre parenthèses des missiles balistiques, des drones et des groupes armés relais de l’influence iranienne, pas de droit iranien à contrôler ou taxer le détroit d’Ormuz.

    Autrement dit, le Golfe ne rejette pas la négociation américaine avec l’Iran. Il la replace dans un cadre régional arabe. Le message est simple : si l’Iran veut rejoindre un nouvel ordre régional, ce ne sera pas selon les conditions de ses milices, mais selon celles des États.

    Une déclaration d’interprétation

    La première fonction de ce texte est d’interpréter le mémorandum irano-américain. Téhéran pouvait chercher à le présenter comme une reconnaissance de son statut régional et comme un report des sujets les plus sensibles. Le CCG répond que le cœur du problème demeure : empêcher l’Iran de développer ou d’acquérir l’arme nucléaire.

    Mais le texte va plus loin. Il refuse que le nucléaire absorbe tout le débat. La sécurité régionale ne peut pas être réduite à la seule question de l’enrichissement. Elle passe aussi par les missiles balistiques, les drones et le soutien aux groupes armés relais. C’est là que la déclaration devient stratégique : elle empêche l’Iran de négocier un dossier tout en conservant ses instruments de pression sur les autres.

    L’économie elle-même est placée sous condition. Le commerce et les investissements avec l’Iran ne sont pas présentés comme une récompense automatique, mais comme une possibilité réversible, liée au respect des engagements et à la fin du comportement déstabilisateur. L’Iran n’obtient donc pas une réhabilitation. Il obtient une porte entrouverte, surveillée par les États-Unis et les puissances du Golfe.

    La même logique vaut pour Ormuz. L’Iran pouvait chercher à transformer la réouverture du détroit en rente géopolitique, voire en droit de contrôle. La déclaration rejette explicitement tout péage, toute taxe et toute tentative de prise de contrôle. La liberté de navigation y est rappelée comme un principe de sécurité régionale et mondiale, non comme une concession négociable avec Téhéran.

    C’est pourquoi ce texte est plus qu’un communiqué diplomatique. Il agit comme une clause politique ajoutée au mémorandum irano-américain. Non pas une clause juridique, certes, mais une clause d’interprétation : Washington et le Golfe disent ensemble que l’accord avec l’Iran ne peut pas devenir le point de départ d’une hégémonie iranienne reconnue.

    Le Liban, de la sécurité à la paix

    La partie libanaise est sans doute la plus révélatrice. Longtemps, beaucoup ont pensé que l’Arabie saoudite et les États du Golfe pourraient tolérer, au mieux, des arrangements sécuritaires entre le Liban et Israël : cessez-le-feu consolidé, retrait israélien, rôle accru de l’armée, garanties américaines. Mais pas un accord de paix bilatéral.

    Cette lecture n’était pas absurde. Elle s’inscrivait dans l’héritage de l’initiative arabe de paix, dans la centralité de la question palestinienne et dans l’idée qu’aucun pays arabe ne devait avancer seul vers Israël en dehors d’un cadre global. La déclaration du 25 juin oblige pourtant à corriger cette grille de lecture.

    Le texte ne se contente pas de soutenir des négociations bilatérales entre Israël et le Liban. Il précise que ces négociations doivent créer les conditions d’un accord durable de paix et de sécurité entre les deux pays. Le mot “paix” est essentiel. Il va beaucoup plus loin que la simple désescalade, plus loin que le cessez-le-feu, plus loin qu’un accord technique de frontière ou de sécurité.

    Plus frappant encore : ce mot est prononcé par l’environnement arabe du Liban, alors même que le Liban officiel hésite encore à l’assumer publiquement. Beyrouth parle de retrait israélien, de souveraineté, de délimitation des frontières, de garanties, de rôle de l’armée, de fin des hostilités. Le CCG, lui, introduit l’horizon politique que l’État libanais n’ose pas nommer : la paix.

    Cela change profondément le débat. Le problème n’est plus de savoir si les Arabes interdiraient au Liban de faire la paix. Le problème devient de savoir si l’État libanais se reconnaît à lui-même le droit souverain de décider de la paix.

    La déclaration ajoute un élément décisif : ce processus de négociation ne doit pas être conditionné par l’issue des autres conflits. Cette phrase vise directement la logique iranienne des fronts liés. Pour Téhéran et pour le Hezbollah, le Liban n’est jamais un dossier autonome. Il est relié à Gaza, à l’Irak, à la Syrie, au Yémen, à Ormuz, au nucléaire, à la négociation globale avec Washington. La déclaration États-Unis–CCG défait cette architecture. Elle dit que le Liban doit pouvoir avancer selon sa propre logique, son propre calendrier et son propre intérêt national.

    Elle ne renie pas la cause palestinienne, qui reste présente dans le texte. Mais elle refuse que cette cause serve de veto permanent à la souveraineté libanaise. Elle refuse surtout que l’Iran s’en serve pour maintenir le Liban dans une guerre qui n’est plus décidée par l’État libanais.

    La paix comme test de souveraineté

    La déclaration ne présente pas la paix comme une concession faite à Israël. Elle la présente comme le prolongement logique de la restauration de l’État libanais.

    C’est pourquoi la séquence des mots est importante : paix et sécurité durables, frontières permanentes, restauration de l’autorité de l’État, désarmement des groupes armés non étatiques, monopole de la force, soutien aux Forces armées libanaises.

    Tout est lié. Si l’objectif est simplement une trêve, le Hezbollah peut encore prétendre qu’il demeure une force de dissuasion nécessaire. Mais si l’objectif devient un accord durable de paix et de sécurité, alors l’existence d’une force armée parallèle devient incompatible avec l’objectif lui-même.

    La déclaration ne dit pas seulement : il faut désarmer les groupes armés. Elle ajoute que l’État libanais doit retrouver le monopole de la force et que l’armée libanaise doit être soutenue dans cette démarche. Ce point est capital. Le soutien à l’armée n’est pas ici un hommage protocolaire. Il devient la contrepartie opérationnelle du désarmement.

    Cela ne signifie pas que le texte appelle à une confrontation militaire immédiate entre l’armée libanaise et le Hezbollah. Personne ne souhaite ouvrir la porte à une guerre civile. Mais la phrase réintroduit une idée que la politique libanaise a trop longtemps évitée : le monopole de la force ne se proclame pas, il s’exerce.

    Le désarmement sort ainsi du registre de la prière politique. Il n’est plus seulement une formule répétée dans les communiqués internationaux ou les discours souverainistes. Il devient un objectif lié à la reconstruction concrète de la capacité étatique. Le message est clair : la souveraineté libanaise ne peut plus dépendre du bon vouloir d’un parti armé.

    De ce point de vue, la déclaration retire au Liban officiel une excuse majeure. Il pourra encore invoquer les contraintes internes, l’équilibre communautaire, les risques sécuritaires, l’attitude israélienne, la nécessité de garanties américaines ou la complexité du dossier palestinien. Mais il ne pourra plus dire qu’il manque de couverture arabe pour envisager un accord de paix et de sécurité avec Israël.

    Cette couverture existe désormais. Elle n’est pas panarabe au sens large. Elle n’est pas un blanc-seing. Elle ne couvre pas n’importe quel accord. Mais elle existe, et elle est politiquement lourde : les États-Unis et le Conseil de coopération du Golfe reconnaissent que le processus libano-israélien peut viser un accord durable de paix et de sécurité, indépendant des autres conflits.

    Le Liban officiel se retrouve donc face à sa propre responsabilité. Pendant des années, il a pu se réfugier derrière l’argument arabe, derrière l’initiative de paix globale, derrière la question palestinienne, derrière la peur de l’isolement. La déclaration du CCG déplace la question. Elle ne demande pas au Liban de trahir le monde arabe. Elle lui dit, au contraire, que restaurer son État, délimiter ses frontières, désarmer les groupes armés et négocier une paix de sécurité peut désormais s’inscrire dans un cadre arabe assumé.

    Ce renversement est majeur.

    La paix n’apparaît plus comme une capitulation. Elle devient un test de souveraineté. La guerre permanente, elle, apparaît pour ce qu’elle est devenue : non pas la défense du Liban, mais la confiscation de son droit souverain à décider de la guerre et de la paix.

    C’est peut-être ce que l’Iran a parfaitement compris. La déclaration ne bat pas l’Iran sur un champ de bataille. Elle le prive d’un monopole plus subtil : celui de raconter la région à sa place. Téhéran voulait faire du mémorandum avec Washington la preuve que son rôle régional était reconnu. Le Golfe répond que toute reconnaissance sera conditionnelle, encadrée et subordonnée à la souveraineté des États.

    Pour le Liban, la conclusion est plus directe encore. Le mot “paix”, que Beyrouth n’ose pas prononcer, a été prononcé par d’autres. Le cadre arabe que l’État libanais prétendait attendre existe désormais. Dès lors, le problème n’est plus que les Arabes interdiraient au Liban de faire la paix. Le problème est que l’État libanais n’ose pas encore se reconnaître le droit souverain de la faire.

    Et c’est précisément là que commence la responsabilité.

    Crédit photo : Secrétariat général du Conseil de coopération du Golfe — Réunion ministérielle États-Unis–CCG, Manama, 25 juin 2026.

  • La souveraineté ne se pétitionne pas



    Série — Avoir raison ne suffit plus : réflexion sur les manquements du camp souverainiste libanais.

    Il y a, dans la vie politique libanaise, une spécialité presque nationale : transformer une responsabilité politique en geste symbolique, puis présenter le symbole comme un acte de courage.

    La récente pétition parlementaire demandant à l’État libanais de réclamer des compensations à l’Iran pour les dommages causés par la guerre relève de cette ambiguïté. Sur le fond, l’idée n’est pas absurde. Si l’Iran a contribué, par son lien organique, militaire, financier et stratégique avec le Hezbollah, à l’ouverture d’un front depuis le territoire libanais sans décision de l’État, alors la question de sa responsabilité peut être posée. Elle doit même l’être.

    Mais ce qui frappe, ce n’est pas seulement ce que cette pétition dit. C’est ce qu’elle évite.

    Elle désigne l’Iran, mais contourne la question libanaise. Elle parle d’une guerre imposée au Liban, mais n’interroge pas sérieusement ceux qui, au Liban même, ont permis que cette guerre soit déclenchée hors de toute décision constitutionnelle. Elle réclame un dossier juridique contre un État étranger, mais ne demande pas avec la même vigueur une enquête politique, judiciaire et gouvernementale sur le rôle du Hezbollah, pourtant acteur local, armé, organisé, représenté dans les institutions et associé à une puissance étrangère.

    Or c’est là que commence la souveraineté : non pas dans la plainte déposée contre l’étranger, mais dans la capacité de l’État à demander des comptes à ceux qui, sur son propre territoire, ont engagé le pays dans une guerre sans mandat national.

    Quand la pétition remplace l’acte d’État

    Une pétition, c’est très bien pour des citoyens. C’est parfois nécessaire. Lorsqu’une population ne dispose pas des leviers institutionnels pour agir, elle signe, interpelle, alerte, oblige les responsables à regarder ce qu’ils préfèrent ignorer.

    Mais quand ceux qui signent appartiennent à des forces politiques représentées au gouvernement, quand ils participent à l’architecture de l’exécutif, quand ils disposent de relais parlementaires, ministériels et institutionnels, la pétition change de nature. Elle n’est plus seulement une demande d’action. Elle devient un aveu.

    Elle ne dit plus simplement : “il faut agir”. Elle dit surtout : “nous sommes dans l’État, mais nous nous comportons comme si nous étions à l’extérieur de l’État”.

    C’est toute l’ambiguïté libanaise.

    On siège au gouvernement, mais on parle comme une opposition de trottoir. On participe aux équilibres du pouvoir, mais on dénonce l’impuissance du pouvoir. On revendique une présence institutionnelle, mais on explique que l’État est paralysé. On réclame la souveraineté, mais on n’utilise pas les instruments de la souveraineté.

    Cela porte un nom : la gesticulation souverainiste.

    Le problème n’est pas de réclamer des comptes à l’Iran. Le problème est de le faire comme si l’Iran avait agi dans le vide, sans relais libanais, sans bras armé libanais, sans couverture institutionnelle, sans silence officiel, sans calculs de partis, sans lâchetés successives.

    L’Iran n’a pas téléporté la guerre au Liban. Il l’a conduite à travers un acteur libanais, sur un territoire libanais, avec des conséquences payées par des Libanais. La première question n’est donc pas seulement : que nous doit Téhéran ? Elle est aussi : qui, à Beyrouth, a laissé Téhéran disposer d’une partie de la souveraineté libanaise ?

    Le détour commode par l’étranger

    C’est précisément ici que le discours politique libanais devient souvent commode. On cherche le responsable extérieur, parfois avec raison, mais on le fait pour éviter de regarder les responsabilités internes.

    Oui, les États-Unis défendent leurs intérêts. Oui, les pays arabes défendent leurs intérêts. Oui, la France, l’Iran, Israël, la Syrie, la Turquie, le Qatar, l’Arabie saoudite ou les Émirats agissent selon leurs propres calculs. Aucun acteur extérieur ne travaille par pure tendresse pour le Liban.

    Mais réduire la tragédie libanaise à une longue trahison américaine, arabe, iranienne ou internationale, c’est offrir à tout le monde une sortie de secours. Les uns seraient innocents, les autres seraient les seuls coupables, et les Libanais, eux, ne seraient jamais responsables de rien.

    Ce discours n’est pas seulement faux. Il est confortable.

    L’Accord du Caire n’a pas été signé dans un vide libanais. Les compromis successifs avec les armes hors État n’ont pas tous été dictés par des chancelleries étrangères. Les gouvernements libanais qui ont toléré, contourné ou maquillé la question du Hezbollah n’étaient pas de simples bureaux d’exécution de puissances extérieures. Les responsables libanais qui ont préféré le confort de la formule à la brutalité de la décision ne peuvent pas, aujourd’hui, se cacher derrière un parrain, un adversaire ou un bouc émissaire.

    C’est pourquoi l’opposition entre “choix américain” et “choix arabe” mérite d’être maniée avec prudence. Elle appartient souvent à un monde ancien. Les politiques arabes et américaines ne sont ni totalement alignées ni totalement divergentes. Elles comportent des passerelles, des coordinations, des rivalités, des dépendances et des zones d’entente.

    La Quintette sur le Liban le montre à sa manière : États-Unis, France, Arabie saoudite, Qatar et Égypte y coexistent dans un même cadre, avec des intérêts parfois différents, mais sans séparation pure entre un bloc arabe et un bloc américain. Présenter l’ancrage arabe comme une alternative naturelle et absolument distincte de l’Amérique relève davantage du roman politique que de l’analyse stratégique.

    On peut choisir l’ancrage arabe du Liban. C’est un choix respectable. On peut le faire par culture, par langue, par géographie, par sentiment d’appartenance ou par intérêt. Mais il faut l’assumer comme un choix politique, non le maquiller en vérité historique absolue. Les pays arabes ont, eux aussi, leurs intérêts. Ils ont, eux aussi, leurs silences. Ils ont parfois aidé le Liban, parfois l’ont contenu, parfois l’ont livré à d’autres, parfois ont traité son sort comme une variable régionale.

    La même règle vaut pour les Américains, les Français, les Israéliens, les Iraniens ou les Syriens : aucun parrain extérieur n’est une assurance-vie nationale.

    Un État n’implore pas son autorité

    Le plus grave, au fond, est peut-être ailleurs. Au Liban, il n’existe presque jamais de querelle strictement interne. Une querelle démocratique normale peut être saine : elle oppose des visions, des programmes, des intérêts sociaux. Mais la querelle libanaise, elle, est presque toujours télescopée par l’extérieur.

    Chaque camp porte avec lui un arrière-monde : argent, médias, armes, protections diplomatiques, relations régionales, promesses de reconstruction, canaux internationaux. Les Libanais ne se disputent pas seulement entre eux ; ils se disputent avec des parrains derrière eux.

    C’est pourquoi la souveraineté libanaise ne consiste pas seulement à dénoncer l’ingérence étrangère. Elle consiste d’abord à empêcher les Libanais d’importer l’étranger dans leurs propres conflits.

    Dans ce contexte, la question chrétienne ressurgit, elle aussi, de manière révélatrice. Quand un responsable américain évoque les chrétiens du Liban, certains répondent aussitôt par des formules convenues sur le vivre-ensemble. Mais lorsqu’un soldat libanais de religion chrétienne est agressé dans son village du Sud avec l’idée qu’il n’y serait pas le bienvenu, ce n’est plus une simple question de vocabulaire. C’est le symptôme d’un problème plus profond : celui d’un État qui n’assure plus pleinement à ses propres citoyens la même sécurité symbolique, territoriale et politique sur l’ensemble de son territoire.

    Le problème n’est pas que les chrétiens demanderaient une protection étrangère. Le problème est qu’un État incapable d’exercer son autorité laisse mécaniquement chaque communauté chercher un langage de protection : américain, arabe, français, iranien, israélien ou autre.

    La souveraineté ne s’effondre pas seulement quand une armée étrangère entre dans un pays. Elle s’effondre aussi quand les citoyens cessent de croire que leur État les protège mieux que leurs parrains.

    S’il existe, que l’État enquête.

    S’il existe, qu’il identifie les responsabilités internes.

    S’il existe, qu’il dise qui a décidé la guerre.

    S’il existe, qu’il demande pourquoi le territoire national a été utilisé au service d’un agenda étranger.

    S’il existe, qu’il sanctionne politiquement, administrativement et judiciairement ceux qui ont substitué une stratégie régionale à l’intérêt national.

    Sinon, qu’on cesse de parler de souveraineté.

    Car la souveraineté n’est pas un communiqué. Ce n’est pas une conférence de presse. Ce n’est pas une pétition déposée au Grand Sérail par des responsables qui disposent déjà de leviers institutionnels. La souveraineté, c’est la décision. C’est le monopole de la guerre et de la paix. C’est la capacité de dire non, non seulement à l’Iran, mais aussi à ses relais internes ; non seulement aux États-Unis, mais aussi aux illusions de protection ; non seulement à Israël, mais aussi à ceux qui utilisent Israël pour rêver d’une solution militaire ; non seulement aux pays arabes, mais aussi au mythe d’un ancrage arabe qui effacerait les responsabilités libanaises.

    Le Liban n’a pas besoin d’un nouveau parrain. Il a besoin d’un État.

    Et un État ne pétitionne pas sa propre autorité.

    Il l’exerce.

  • Le Hezbollah peut-il vraiment faire tomber le gouvernement Salam ?



    Les menaces du Hezbollah contre le gouvernement Nawaf Salam impressionnent moins par leur crédibilité que par ce qu’elles révèlent : le parti armé ne veut pas renverser l’État, il veut continuer à l’utiliser. Car malgré ses décisions encore incomplètement appliquées, ce gouvernement lui offre une couverture politique, une légitimité résiduelle et un cadre institutionnel sans lesquels il serait renvoyé à sa réalité brute : une force armée non étatique qui décide de la guerre sans assumer seule le prix national de ses choix.

    Une menace plus tactique que stratégique

    Le Hezbollah menace périodiquement de faire tomber le gouvernement Salam. La formule est spectaculaire, mais sa portée réelle est beaucoup plus limitée. Elle appartient davantage au registre de la pression qu’à celui de la décision. Le parti ne cherche pas nécessairement à provoquer une chute immédiate du cabinet ; il cherche surtout à rappeler qu’il conserve une capacité de blocage, de nuisance et d’intimidation.

    C’est une vieille mécanique libanaise : faire planer la crise pour empêcher la décision. Menacer de renverser le gouvernement, ce n’est pas forcément vouloir le renverser. C’est souvent vouloir le discipliner.

    Or, dans le cas présent, la menace paraît d’autant moins crédible que le gouvernement Salam, malgré ses déclarations fermes et quelques décisions importantes, reste jusqu’ici l’un des derniers cadres institutionnels dont le Hezbollah peut tirer profit. Le paradoxe est là : le Hezbollah dénonce ce gouvernement, mais il en a besoin. Il l’accuse de servir un agenda étranger, mais il s’abrite derrière son existence. Il conteste ses orientations, mais il bénéficie de sa prudence.

    Faire tomber Salam, pour le Hezbollah, reviendrait donc à couper la branche sur laquelle il n’est même plus confortablement assis, mais politiquement suspendu.

    Le gouvernement comme couverture politique du Hezbollah

    Le gouvernement Salam a pris des positions que le Hezbollah ne peut pas accepter frontalement : monopole de l’État sur les armes, refus des activités militaires hors cadre légal, négociations directes ou indirectes avec Israël selon les séquences diplomatiques, retour de la décision de guerre et de paix dans les mains de l’État.

    Sur le papier, ces orientations réduisent l’espace politique du Hezbollah. Mais dans la pratique, tant qu’elles ne sont pas pleinement appliquées, elles produisent un effet plus ambigu : elles permettent au Hezbollah de rester dans un processus, au lieu d’être placé devant une rupture.

    C’est précisément cette ambiguïté qui le protège.

    Tant que le gouvernement existe, le Hezbollah peut dire qu’il n’est pas en dehors de l’État, mais en discussion avec lui. Il peut prétendre qu’il n’est pas un obstacle absolu, mais une composante politique avec laquelle il faut composer. Il peut lier son désarmement au retrait israélien, à la stabilité interne, aux négociations régionales, aux équilibres confessionnels, aux pressions américaines, à la posture iranienne.

    Autrement dit, le gouvernement Salam transforme le Hezbollah d’un problème milicien frontal en dossier politique géré par les institutions.

    C’est là que réside la vraie utilité du cabinet pour le parti armé. Il lui fournit un écran. Il amortit le choc entre la réalité de son arsenal et l’exigence croissante de souveraineté. Il maintient l’illusion qu’une intégration ordonnée reste possible, alors même que le Hezbollah continue de refuser le principe central de tout État : une seule autorité, une seule armée, une seule décision de guerre.

    Sans ce gouvernement, le Hezbollah perdrait cette zone grise. Il serait contraint d’assumer seul son opposition à l’État.

    Renverser Salam exposerait le Hezbollah

    La chute du gouvernement ne placerait pas automatiquement le Hezbollah en position de force. Elle pourrait même produire l’effet inverse.

    Si le Hezbollah faisait tomber Salam, il donnerait lui-même la preuve que son rapport à l’État est conditionnel : l’État est acceptable lorsqu’il le couvre, illégitime lorsqu’il le limite. Cette démonstration serait politiquement coûteuse. Elle confirmerait aux yeux d’une grande partie des Libanais que le parti armé ne défend pas l’État, mais l’utilise tant qu’il lui sert de parapluie.

    Elle renforcerait aussi l’argument international selon lequel le blocage libanais n’est pas seulement institutionnel, mais structurel : tant qu’une force armée conserve un droit de veto sur les décisions souveraines, aucun gouvernement ne peut gouverner pleinement. La pression extérieure, notamment américaine, trouverait alors un terrain plus favorable pour s’intensifier.

    Le Hezbollah le sait. Il sait qu’un gouvernement affaibli mais existant lui est plus utile qu’un vide dont il serait immédiatement tenu pour responsable. Il sait aussi qu’une crise gouvernementale ouverte compliquerait la reconstruction, le financement, les négociations et la gestion des destructions au Sud. Or le parti ne peut pas gouverner seul ces ruines. Il peut y planter ses drapeaux, mobiliser sa base, produire un récit de victoire ou de résistance ; mais il a besoin de l’État, des ministères, de l’administration, de l’armée, des bailleurs, des médiations et des canaux officiels pour gérer la suite.

    C’est toute la contradiction du Hezbollah : il veut rester plus fort que l’État, mais il ne peut survivre politiquement sans l’État.

    La vraie menace : la paralysie, pas la chute

    Il ne faut donc pas sous-estimer le Hezbollah. Il conserve une capacité de blocage, de mobilisation et de pression. Mais il faut distinguer la menace réelle de la menace rhétorique.

    La menace crédible n’est pas de faire tomber immédiatement le gouvernement. La menace crédible est de le paralyser, de vider ses décisions de leur contenu, de transformer chaque mesure souveraine en compromis interminable, de faire payer politiquement tout pas vers le monopole étatique des armes.

    C’est plus subtil et plus dangereux qu’un simple renversement.

    Un gouvernement qui tombe crée une crise visible. Un gouvernement qui reste debout sans pouvoir appliquer ses décisions crée une crise plus profonde : celle d’un État qui parle mais n’agit pas, qui décide mais ne tranche pas, qui affirme sa souveraineté mais en diffère l’exercice.

    C’est exactement l’espace dans lequel le Hezbollah prospère. Il n’a pas besoin que l’État disparaisse. Il a besoin qu’il reste suffisamment vivant pour le couvrir, mais suffisamment faible pour ne pas le contraindre.

    Le gouvernement Salam se trouve donc devant une équation redoutable. S’il va trop vite, il risque l’affrontement. S’il ne va pas jusqu’au bout, il transforme ses propres décisions en décor institutionnel. Et ce décor, paradoxalement, sert encore le Hezbollah.

    Conclusion

    Les menaces du Hezbollah contre le gouvernement Salam ne doivent pas être prises au pied de la lettre. Elles ne signifient pas nécessairement que le parti veut renverser le cabinet. Elles signifient qu’il veut empêcher ce gouvernement de devenir réellement souverain.

    Le Hezbollah ne menace pas vraiment de couper la branche sur laquelle il est suspendu. Il la secoue pour rappeler qu’il peut faire tomber les autres avec lui.

    Mais cette branche, aujourd’hui, est aussi son dernier abri. Car sans gouvernement, sans institutions, sans façade nationale, le Hezbollah apparaîtrait dans sa nudité politique : non comme une composante parmi d’autres du jeu libanais, mais comme une force armée qui impose à l’État les limites de sa souveraineté.

    Et c’est précisément ce dévoilement que le Hezbollah veut éviter.

  • Avoir raison ne suffit plus

    Série — Avoir raison ne suffit plus : réflexion sur les manquements du camp souverainiste libanais.



    Il arrive qu’une idée juste perde de sa force politique non parce qu’elle devient fausse, mais parce qu’elle cesse d’être portée par une méthode, une stratégie et une capacité d’incarnation. Elle demeure vraie sur le fond, parfois même incontestable, mais elle ne produit plus d’effet suffisant sur le réel.

    Depuis des années, le camp souverainiste libanais a raison sur l’essentiel. Aucun État ne peut durablement survivre si la décision nationale est partagée entre des institutions officielles et une force armée autonome. Aucune souveraineté ne peut être réelle si la guerre, la paix, la sécurité et la diplomatie échappent au monopole de l’État. Aucune République ne peut tenir si la Constitution devient un décor et si l’équilibre national repose sur le consentement tacite à l’exception.

    Mais avoir raison ne suffit plus.

    C’est même là que commence la difficulté. La justesse d’un diagnostic ne dispense pas de la responsabilité politique. Elle l’aggrave. Plus une cause est juste, plus ceux qui prétendent la porter doivent être à la hauteur de cette cause. La souveraineté n’est pas seulement un mot, une bannière, une indignation ou un réflexe d’opposition. Elle est une méthode d’action, une discipline institutionnelle, une manière de penser l’État et de l’assumer.

    De la décision à la responsabilité

    Les derniers textes publiés ici ont suivi un fil simple : il ne peut y avoir d’État sans unité de la décision ; il ne peut y avoir d’unité nationale si celle-ci se construit autour du plus petit dénominateur commun ; il ne peut y avoir de pouvoir sans responsabilité ; il ne peut y avoir de politique sans capacité de décider, d’assumer et de transformer.

    Ce fil conduit naturellement à une question plus inconfortable.

    Si le politique suppose d’agir sur le réel, pourquoi ceux qui se réclament de la souveraineté peinent-ils si souvent à transformer leur diagnostic en stratégie ? Pourquoi le camp qui défend, en principe, l’État, le droit, la Constitution et l’indépendance de la décision nationale se retrouve-t-il trop souvent prisonnier de la dénonciation, de l’attente, de la réaction et du commentaire ?

    Cette question n’est pas posée pour affaiblir le camp souverainiste. Elle l’est précisément parce que l’exigence souverainiste mérite mieux que la répétition de formules devenues familières. Elle mérite une doctrine, une méthode, une hiérarchie des priorités, un courage institutionnel et une capacité à parler à l’ensemble du pays.

    Car un camp politique ne se définit pas seulement par ce qu’il refuse. Il se définit aussi par ce qu’il construit.

    La critique nécessaire

    Critiquer les manquements du camp souverainiste ne revient pas à relativiser la responsabilité du Hezbollah dans la confiscation progressive de la décision libanaise. Cette responsabilité demeure centrale. Le problème des armes hors de l’État, de la guerre décidée en dehors des institutions, de l’alignement stratégique sur l’Iran et de l’affaiblissement du pouvoir national reste au cœur de la crise libanaise.

    Mais cette vérité ne peut pas exonérer ceux qui prétendent défendre l’État.

    Il ne suffit pas de dire non au Hezbollah si l’on ne sait pas dire oui à un projet national crédible, compréhensible et praticable. Il ne suffit pas d’invoquer la souveraineté si l’on n’utilise pas tous les moyens constitutionnels, parlementaires, gouvernementaux, diplomatiques et sociaux permettant de la défendre. Il ne suffit pas de dénoncer une anomalie institutionnelle si l’on finit par s’habituer aux conforts du système que l’on prétend combattre.

    Le souverainisme ne peut pas être seulement une posture morale. Il doit devenir une pratique politique.

    Or c’est précisément là que les manquements apparaissent. Trop souvent, la dénonciation remplace l’action. Trop souvent, le discours tient lieu de stratégie. Trop souvent, l’attente d’un changement régional ou international retarde la construction d’un rapport de force intérieur. Trop souvent, la critique du Hezbollah devient le centre unique du langage souverainiste, au point de laisser dans l’ombre la question décisive : quel État voulons-nous reconstruire ?

    La souveraineté ne peut pas se limiter à l’affirmation du monopole légitime des armes, même si cette affirmation est indispensable. Elle doit aussi répondre à la crise sociale, à l’effondrement des services publics, à l’émigration des jeunes, au déclassement des classes moyennes, à l’humiliation quotidienne d’un peuple qui voit son avenir se réduire à l’attente, au départ ou à la survie.

    Un souverainisme qui ne parle pas à la vie concrète des Libanais reste incomplet. Il peut être juste juridiquement, juste nationalement, juste moralement, mais politiquement insuffisant.

    Regarder les manquements en face

    C’est à partir de ce constat que s’ouvre cette série.

    Elle ne cherchera pas à juger les intentions. Elle ne s’attachera pas aux querelles de personnes, aux rivalités partisanes ou aux polémiques faciles. Elle s’intéressera aux manquements : manquements de méthode, de courage, de récit, d’organisation, de cohérence institutionnelle et d’attention sociale.

    Le premier de ces manquements est sans doute le plus visible : croire que dénoncer suffit. Depuis des années, le camp souverainiste décrit avec précision les dangers qui menacent l’État libanais. Il voit souvent juste. Il nomme les problèmes. Il identifie les responsabilités. Mais trop souvent, cette lucidité ne débouche pas sur une stratégie de pouvoir. Elle produit des communiqués, des interventions, des déclarations fortes, parfois nécessaires, mais rarement une mécanique politique capable de modifier réellement le rapport de force.

    Un autre manquement tient au récit national. Le camp souverainiste parle beaucoup contre le Hezbollah. Il parle moins clairement du Liban qu’il veut faire advenir. Or une cause ne rassemble pas seulement par l’adversaire qu’elle désigne, mais par l’avenir qu’elle rend possible.

    Un autre encore concerne les institutions. Défendre l’État suppose d’agir avec les outils de l’État : le Parlement, le gouvernement, la Constitution, la responsabilité ministérielle, les motions, les questions, les alliances publiques, les lignes rouges assumées. Il ne suffit pas de dire que les institutions sont affaiblies. Il faut montrer, par l’action, qu’elles peuvent redevenir des lieux de décision.

    Enfin, il y a le manquement social. On ne reconstruit pas un projet national en parlant seulement aux convaincus, aux militants et aux cercles politiques. Il faut parler au citoyen épuisé, au salarié appauvri, au parent qui voit partir ses enfants, au jeune qui ne croit plus à rien, au fonctionnaire humilié, à l’entrepreneur étranglé, au village abandonné, à la ville dégradée. La souveraineté n’est pas une abstraction. Elle est la condition d’une vie nationale digne.

    Cette série part donc d’une conviction simple : le camp souverainiste n’échoue pas parce qu’il a tort sur le fond. Il échoue lorsqu’il se contente d’avoir raison.

    Or le Liban n’a plus le luxe des vérités inactives. La souveraineté ne peut plus être une idée que l’on proclame dans les moments de crise avant de revenir aux arrangements ordinaires. Elle doit devenir une discipline quotidienne, une exigence de cohérence, une stratégie d’État.

    Il ne s’agit pas de demander au camp souverainiste de renoncer à sa radicalité sur les principes. Au contraire. Il s’agit de lui demander de prendre ses propres principes au sérieux.

    Si l’État doit être seul à décider, alors il faut agir en conséquence. 
    Si les armes doivent relever de l’autorité légitime, alors il faut construire le rapport de force permettant de le dire autrement qu’en slogan. 
    Si la souveraineté est le cœur de la reconstruction nationale, alors elle doit devenir une méthode politique, sociale, institutionnelle et diplomatique.

    Avoir raison fut longtemps nécessaire.

    Désormais, ce n’est plus suffisant.

    Il faut faire politique.

  • La possibilité du politique



    À mesure que les limites du système apparaissent, que la décision se fragmente, que la responsabilité se dilue, une question finit par s’imposer. Non pas celle des solutions immédiates, ni même celle des réformes possibles, mais celle, plus fondamentale, de la possibilité même du politique.

    Car le politique ne se réduit pas à l’existence d’institutions, ni à la production de décisions.

    Il suppose une capacité à agir sur le réel.

    Cette capacité repose sur un enchaînement simple : décider, assumer, transformer. Elle implique un lien entre ce qui est énoncé et ce qui advient, entre le pouvoir et son effet, entre la volonté et sa réalisation. Sans ce lien, le politique subsiste dans sa forme, mais disparaît dans sa fonction.

    C’est précisément ce qui est en jeu.

    Le système continue d’exister. Il produit des discours, des décisions, des cadres. Il organise la vie politique, maintient des institutions, assure une continuité. Mais cette continuité ne suffit pas à constituer un pouvoir au sens plein du terme.

    Le politique devient alors une scène.

    Un espace où les positions s’expriment, où les équilibres se négocient, où les décisions se formulent. Mais cette scène ne correspond plus nécessairement à un lieu d’action effective. Elle devient un lieu de représentation, non de transformation.

    Ce glissement est déterminant.

    Car lorsque le politique cesse d’agir sur le réel, il perd sa fonction première. Il ne disparaît pas. Il change de nature. Il accompagne les évolutions au lieu de les orienter. Il réagit au lieu de décider.

    C’est dans cette transformation que se situe la limite.

    Un système peut fonctionner longtemps dans cette configuration. Il peut produire des équilibres, maintenir une forme d’ordre, éviter les ruptures. Mais il ne peut pas, dans ces conditions, répondre pleinement aux situations qui exigent une transformation.

    La possibilité du politique ne se décrète pas.

    Elle se construit.

    Elle suppose la restauration d’un lien entre la décision et son effet, entre le pouvoir et sa capacité à s’imposer, entre la responsabilité et son ancrage. Elle implique de redonner au politique sa fonction première : transformer le réel.

    Ce processus n’est pas immédiat.

    Il ne résulte pas d’une simple volonté, ni d’une réforme isolée. Il suppose une recomposition, une redéfinition des équilibres, une capacité à rétablir un centre à partir duquel la décision peut s’exercer pleinement.

    Mais cette possibilité existe.

    Car même dans un système fragmenté, même dans un cadre contraint, la décision ne disparaît jamais totalement. Elle subsiste comme capacité latente, comme point d’appui potentiel, comme condition de toute transformation.

    C’est à partir de cette capacité que le politique peut être réactivé.

    Non pas comme une simple gestion des équilibres, mais comme un acte.

    Un acte qui engage, qui oriente, qui transforme.

    La question n’est donc pas seulement de savoir ce qui empêche le politique.

    Elle est de savoir dans quelles conditions il peut redevenir possible.

    Et tant que cette question demeure ouverte, rien n’est définitivement figé.

    Car la possibilité du politique, même affaiblie, ne disparaît jamais complètement.

    Elle attend d’être réactivée.

  • Décider, c’est assumer



    La décision ne se réduit pas à un acte formel. Elle ne se limite pas à une annonce, à un texte, à une position. Elle engage.

    Décider, c’est introduire une direction dans le réel.

    Cela implique de choisir, donc de renoncer. De privilégier une option, donc d’en écarter d’autres. De produire un effet, donc d’en accepter les conséquences. La décision ne vaut que par ce qu’elle transforme.

    C’est en cela qu’elle suppose une forme particulière de responsabilité.

    Non pas une responsabilité abstraite, mais une responsabilité effective. Celle d’assumer ce qui résulte du choix, d’en porter le coût, d’en gérer les effets. Décider, ce n’est pas seulement trancher. C’est accepter d’être lié à ce qui est décidé.

    C’est précisément ce lien qui se fragilise.

    Dans un système où la décision est conditionnée, fragmentée, limitée par des équilibres implicites, l’acte de décider subsiste, mais l’acte d’assumer s’atténue. Les décisions sont produites, mais leurs conséquences sont diluées. Elles existent, sans être pleinement portées.

    Ce phénomène n’est pas sans logique.

    Lorsque la décision ne s’impose pas complètement, lorsqu’elle dépend de multiples centres, lorsqu’elle peut être contournée ou neutralisée, il devient difficile d’en attribuer la responsabilité. Qui assume ce qui n’a pas été pleinement décidé ? Qui porte les effets d’un choix qui n’a pas été entièrement tranché ?

    La responsabilité se diffuse.

    Elle se répartit, se dilue, se perd dans les interstices du système. Chacun participe à la décision, mais personne ne l’assume entièrement. Chacun contribue à l’orientation, mais aucun acteur ne peut en porter seul les conséquences.

    Le système fonctionne ainsi dans une forme d’irresponsabilité structurelle.

    Non pas au sens d’une absence totale de responsabilité, mais au sens d’une impossibilité à l’ancrer. La responsabilité existe, mais elle ne se fixe pas. Elle circule, se déplace, s’atténue.

    C’est dans cette dissociation que la décision perd sa portée.

    Car décider sans assumer revient à produire des actes sans en garantir les effets. À annoncer sans transformer. À orienter sans engager. La décision devient un geste, non un acte.

    Sortir de cette logique suppose une rupture.

    Non pas seulement dans la manière de décider, mais dans la manière d’assumer. Cela implique de rétablir un lien entre le choix et sa conséquence, entre l’acte et sa responsabilité. D’accepter que toute décision engage, expose, contraigne.

    Ce lien a un coût.

    Car assumer, c’est renoncer à la protection que procure la dilution. C’est accepter d’être identifié, d’être contesté, d’être tenu responsable. C’est introduire une forme de clarté là où le système fonctionnait dans l’ambiguïté.

    Mais c’est aussi la condition de la décision.

    Car sans responsabilité, la décision ne tient pas.

    Elle peut exister.

    Mais elle ne s’impose pas.

    Décider, c’est assumer.

    Et tant que ce lien n’est pas rétabli, la décision reste incomplète.

    Elle ne transforme pas.

    Elle accompagne.

  • L’unité nationale : autour de l’État ou autour du plus petit dénominateur commun ?

    L’unité nationale : autour de l’État ou autour du plus petit dénominateur commun ?



    À chaque crise majeure que traverse le Liban, un même slogan revient : l’unité nationale. Il est aujourd’hui repris par Nabih Berry, Walid Joumblatt et de nombreux responsables politiques qui appellent à resserrer les rangs face aux dangers extérieurs et à préserver la stabilité interne.

    L’objectif paraît incontestable. Qui pourrait être contre l’unité nationale dans un pays aussi fragile que le Liban ?

    Pourtant, derrière le consensus apparent se cache une question essentielle : autour de quoi cette unité doit-elle se construire ?

    Dans le contexte actuel, l’unité nationale semble se résumer à deux revendications : le retrait israélien et un cessez-le-feu durable. Sur ces deux objectifs, une très large majorité de Libanais se retrouve naturellement. Ils constituent aujourd’hui le plus petit dénominateur commun acceptable entre les différentes composantes du pays.

    Mais le problème apparaît lorsque ce socle minimal devient la limite du débat public.

    Dès lors que l’on évoque d’autres questions – le monopole des armes par l’État, l’application intégrale de l’accord de Taëf, le rôle futur du Hezbollah, la souveraineté des institutions ou la chaîne de décision nationale – il est souvent répondu qu’il faut attendre, préserver l’unité et éviter les divisions.

    L’unité nationale cesse alors d’être un objectif pour devenir une frontière politique.

    Dans les faits, l’appel à l’unité ne s’adresse pas à tous de la même manière. Il est principalement adressé à ceux qui contestent le statu quo. On leur demande de suspendre leurs revendications, de reporter leurs interrogations et de limiter leur discours aux seuls objectifs immédiatement consensuels. En revanche, il est beaucoup plus rare d’entendre un appel demandant au Hezbollah d’adapter sa position aux exigences de l’État ou aux décisions collectives.

    C’est là que le débat mérite d’être posé.

    L’unité nationale doit-elle se construire autour du plus petit dénominateur commun acceptable pour le Hezbollah, ou autour des institutions de l’État ?

    La question est d’autant plus légitime que le gouvernement libanais a déjà adopté une orientation claire concernant le monopole de la force publique et le rôle des institutions de sécurité. Cette orientation n’a pas été imposée de l’extérieur. Elle a été discutée et approuvée au sein d’un gouvernement auquel participent le Hezbollah, Amal et les représentants de Walid Joumblatt.

    Dans tout régime parlementaire, les décisions du Conseil des ministres engagent l’ensemble du gouvernement. Les ministres peuvent exprimer leurs réserves lors des délibérations, mais une fois la décision prise, elle devient celle du gouvernement dans son ensemble. Si une formation politique estime ne plus pouvoir assumer cette orientation, elle dispose toujours d’un moyen clair : quitter le gouvernement et rejoindre l’opposition.

    La logique institutionnelle est simple. On ne peut pas simultanément participer à une décision collective et agir comme si elle n’existait pas.

    Cette question renvoie finalement à un débat plus ancien. L’accord de Taëf a précisément été conçu pour remplacer les rapports de force par des règles institutionnelles. Il a redistribué les pouvoirs, instauré la parité parlementaire entre chrétiens et musulmans et fixé un équilibre destiné à mettre fin aux conflits de légitimité.

    Dès lors, si la Constitution et les institutions ont déjà défini les règles du jeu, pourquoi continuer à revenir systématiquement aux rapports de force lorsqu’il s’agit d’appliquer ces mêmes règles ?

    L’unité nationale est une nécessité. Mais elle ne peut devenir un prétexte pour suspendre indéfiniment les questions fondamentales. Une unité durable ne peut reposer uniquement sur le silence des désaccords. Elle doit reposer sur un socle commun accepté par tous : la Constitution, les institutions et l’État.

    Car à terme, la véritable unité nationale n’est pas l’alignement derrière un acteur politique, quel qu’il soit. Elle est l’alignement derrière les règles communes que tous ont accepté de respecter.

  • L’unité de la décision



    À mesure que le système est confronté à ses propres limites, une question finit par s’imposer. Non pas celle des mesures à prendre, ni même celle des priorités à définir, mais celle, plus fondamentale, de l’unité de la décision.

    Car décider ne consiste pas seulement à produire des actes.

    Décider suppose un point d’origine clair, identifiable, à partir duquel une orientation est définie et s’impose. Cela suppose un centre. Un lieu où les arbitrages sont rendus, où les contradictions sont tranchées, où les conséquences sont assumées.

    Sans ce centre, la décision existe.

    Mais elle ne s’impose pas.

    Le système peut alors produire des décisions multiples, parfois cohérentes, souvent contradictoires. Il peut fonctionner, organiser, ajuster. Mais il ne parvient pas à transformer ces décisions en une direction. Il avance sans unité.

    C’est dans cette absence que se situe la limite.

    Car une décision fragmentée n’est pas une décision incomplète.

    C’est une décision conditionnée.

    Elle dépend d’équilibres, de compatibilités, de lignes implicites qui en définissent la portée. Elle ne procède pas d’un arbitrage qui tranche, mais d’un compromis qui ajuste. Elle ne s’impose pas. Elle s’inscrit dans un cadre préexistant.

    Le système ne perd pas toute capacité d’action.

    Mais il perd sa capacité à orienter.

    Il agit, mais il ne dirige pas. Il répond, mais il ne décide pas au sens plein du terme. Il produit des effets, mais ces effets ne s’inscrivent pas dans une trajectoire.

    C’est là que l’unité devient décisive.

    Car un système peut supporter une pluralité d’acteurs, une diversité de positions, une complexité institutionnelle. Mais il ne peut fonctionner durablement sans un point où la décision se concentre et s’impose.

    Ce point ne supprime pas les équilibres.

    Il les ordonne.

    Il ne nie pas les contradictions.

    Il les tranche.

    Il ne supprime pas les tensions.

    Il leur donne une issue.

    Sans cela, le système reste en suspension, même après le basculement.

    Il continue de produire des décisions, mais sans pouvoir en garantir l’effectivité. Il maintient une activité politique, mais sans pouvoir la transformer en pouvoir.

    L’unité de la décision ne se décrète pas.

    Elle se construit.

    Elle suppose une capacité à définir un centre qui ne soit pas immédiatement neutralisé, à produire des arbitrages qui ne soient pas systématiquement remis en cause, à assumer des choix qui engagent l’ensemble du système.

    C’est une condition.

    Non pas parmi d’autres.

    Mais celle à partir de laquelle toutes les autres deviennent possibles.

    Car sans unité, la décision se disperse.

    Et lorsqu’elle se disperse, elle cesse d’être un instrument.

    Elle devient un symptôme.

  • Le Liban n’est pas le miroir des angoisses européennes

    Le Liban n’est pas le miroir des angoisses européennes



    À chaque nouvelle crise libanaise, une partie du débat occidental reproduit la même mécanique : le Liban cesse d’être regardé comme une réalité politique complexe pour devenir un support symbolique des débats idéologiques européens. La guerre, l’effondrement économique, la crise de souveraineté, les fractures régionales ou institutionnelles disparaissent alors derrière une lecture plus simple, plus émotionnelle et surtout plus familière aux opinions occidentales : celle du choc entre “islamisme” et “civilisation”.

    Le discours tenu ces derniers jours par plusieurs responsables européens en visite au Liban illustre cette tendance. Qu’il soit légitime de dénoncer le rôle militaire du Hezbollah dans l’ouverture du front sud et dans la déstabilisation du Liban est une chose. Qu’il soit légitime aussi de parler de la question islamiste ne fait guère de doute. Mais réduire progressivement la crise libanaise à une simple extension du débat européen sur l’islamisme produit une lecture profondément incomplète du pays.

    Le Liban n’est pas la France. Et la crise libanaise n’est pas la transposition orientale des fractures françaises.

    La France affronte des tensions identitaires, sécuritaires et migratoires dans le cadre d’un État souverain, centralisé, doté d’une armée unifiée, d’institutions stables et d’une continuité étatique forte. Le Liban, lui, affronte depuis des décennies une crise beaucoup plus profonde : fragmentation de la souveraineté, poids des communautés, ingérences régionales, héritage des guerres civiles, interventions étrangères, militarisation partielle du champ politique et dépendances géopolitiques multiples. Le Hezbollah constitue aujourd’hui un élément majeur de cette crise, mais il n’en est ni l’unique origine ni l’explication totale.

    C’est précisément là que certaines lectures occidentales deviennent problématiques : elles donnent parfois l’impression que la disparition du Hezbollah suffirait mécaniquement à résoudre la question libanaise. Or le Liban connaissait déjà les fractures de souveraineté, les influences extérieures et les déséquilibres internes bien avant l’émergence de l’axe iranien.

    Une autre ambiguïté apparaît dans l’usage récurrent de la question des “chrétiens d’Orient”. Là encore, le sujet est sérieux. La présence chrétienne au Levant constitue un élément historique majeur de l’équilibre culturel et humain de la région. Mais transformer le Liban en simple bastion chrétien assiégé par l’islamisme déforme profondément la réalité libanaise.

    La guerre actuelle ne frappe pas exclusivement les chrétiens. Elle touche les musulmans comme les chrétiens, l’ensemble des composantes du pays, l’économie entière et toute la souveraineté libanaise. Présenter le conflit comme une guerre essentiellement dirigée contre les chrétiens d’Orient finit paradoxalement par réduire la complexité du Liban à une lecture confessionnelle simplifiée.

    Plus encore, cette approche enferme parfois les chrétiens libanais eux-mêmes dans une image de minorité protégée, alors qu’une partie importante de leur histoire politique reposait justement sur une ambition inverse : celle de construire un État, une citoyenneté et un pluralisme dépassant la seule logique minoritaire.

    Le paradoxe est d’ailleurs frappant : certains discours européens prétendent défendre le pluralisme libanais tout en reproduisant eux-mêmes une lecture communautaire du pays. On parle “des chrétiens” face à “l’islamisme”, comme si le Liban pouvait être réduit à une opposition binaire entre minorités menacées et menace islamiste uniforme, alors même que la réalité libanaise demeure infiniment plus complexe, diverse et imbriquée.

    Le plus inquiétant est peut-être ailleurs : le Liban devient progressivement, dans certains débats européens, un simple théâtre idéologique. Chacun y projette ses propres obsessions : l’islamisme, l’immigration, les minorités, l’Occident, l’Iran, Israël ou encore le choc des civilisations. Les Libanais eux-mêmes finissent alors par disparaître derrière les récits construits sur eux.

    Or le Liban mérite mieux que cela. Il mérite d’être regardé pour ce qu’il est réellement : une société complexe, traversée par des contradictions historiques profondes, où la question centrale reste avant tout celle de la reconstruction d’un État souverain capable de dépasser durablement la logique des dépendances et des affrontements régionaux.

    Le Liban n’a pas besoin d’être transformé en symbole des angoisses européennes. Il a besoin d’être compris dans sa propre réalité.

  • Deux fêtes des martyrs pour une souveraineté inachevée

    Deux fêtes des martyrs pour une souveraineté inachevée

    Entre le 6 mai et le 25 mai, le Liban révèle malgré lui une réalité plus profonde que deux simples commémorations : celle d’une souveraineté fragmentée produisant des mémoires parallèles.

    Le 6 mai renvoie à la mémoire des martyrs exécutés par Jamal Pacha durant la période ottomane. Cette date appartient à l’histoire officielle du Liban moderne, à cette tentative ancienne de construire une mémoire nationale commune autour du sacrifice pour la patrie et pour la liberté. Dans l’imaginaire étatique libanais, ces martyrs étaient censés appartenir à tous les Libanais, au-delà des appartenances confessionnelles et des fractures politiques.

    Le 25 mai répond à une autre logique. Cette date commémore le retrait israélien du Sud-Liban en 2000 et célèbre les combattants du Hezbollah tombés durant les années de confrontation avec Israël. Mais au-delà de la dimension militaire ou historique, cette commémoration révèle surtout l’existence d’une mémoire parallèle portée non par l’État, mais par une organisation armée devenue au fil du temps une puissance politico-militaire autonome au sein même du Liban.

    Le problème n’est pas qu’un parti honore ses morts. Toutes les sociétés connaissent des mémoires politiques, partisanes ou idéologiques. Le problème apparaît lorsque ces mémoires deviennent suffisamment puissantes pour rivaliser symboliquement avec la mémoire nationale elle-même.

    Car dans un État pleinement souverain, les morts de guerre finissent normalement absorbés dans un récit national unifié. Les sacrifices militaires rejoignent progressivement la mémoire de l’État. Les combattants deviennent des figures nationales. La guerre cesse d’appartenir à une organisation particulière pour devenir une page de l’histoire collective.

    Au Liban, cette fusion ne s’est jamais totalement accomplie.

    Le calendrier commémoratif lui-même raconte cette fragmentation. D’un côté, l’État et ses martyrs historiques. De l’autre, le Hezbollah et ses propres martyrs. Deux mémoires séparées. Deux récits. Deux légitimités. Presque deux conceptions du sacrifice national.

    Cette dualité ne relève pas seulement du symbole. Elle révèle la nature profonde du système libanais depuis des décennies : un État partageant partiellement sa souveraineté avec une organisation armée disposant de sa propre légitimité militaire, de son propre imaginaire politique et de sa propre temporalité historique.

    Le retrait israélien unilatéral du Sud-Liban en 2000 aurait pourtant pu constituer un moment de réunification nationale autour de l’État. Pour une partie des Libanais, cette date devait ouvrir une transition progressive entre le temps de la guerre et celui de la souveraineté pleinement étatique. Le combat contre l’occupation prenait fin territorialement ; l’État devait alors redevenir l’unique cadre de la défense nationale et de la légitimité armée.

    Mais cette transition n’a jamais réellement eu lieu.

    Au contraire, le Liban est resté dans une situation intermédiaire : ni guerre totale, ni paix véritable ; ni monopole complet de l’État, ni disparition de la logique des armes parallèles. Le résultat est visible jusque dans la mémoire collective du pays.

    Car une souveraineté fragmentée produit mécaniquement des mémoires fragmentées. Lorsque plusieurs légitimités coexistent durablement, plusieurs récits nationaux finissent eux aussi par coexister. Chaque espace politique développe alors ses propres martyrs, ses propres dates, ses propres symboles et parfois même sa propre lecture de l’histoire libanaise.

    Le problème du Liban ne réside donc pas uniquement dans le partage des armes ou dans la question militaire. Il réside aussi dans le partage du récit national lui-même.

    Deux fêtes des martyrs séparées de quelques jours dans un même pays disent peut-être davantage sur la réalité du Liban contemporain que de longs discours constitutionnels. Car un État réellement souverain n’unifie pas seulement les institutions ou les frontières. Il unifie également ses morts, ses célébrations et la définition même du sacrifice national.

    Entre le 6 mai et le 25 mai, le Liban continue ainsi d’exposer sa souveraineté inachevée.