Liban 1975–2026 : une souveraineté brisée, une crise persistante

Hélicoptère de l’armée libanaise abattu en 1969, dans le contexte des affrontements liés à la présence armée palestinienne — un des premiers signes visibles de la remise en cause du monopole de la souveraineté de l’État.



Cinquante et un ans se sont écoulés depuis le 13 avril 1975, date qui marque le début officiel de la guerre du Liban. Cet événement ne constitue pas un point de départ absolu, mais plutôt l’aboutissement d’un processus de fragmentation progressive de l’État libanais.



Avant même l’irruption de la violence généralisée, le Liban connaissait déjà une fragilisation de son équilibre interne. Cette fragilisation était nationale, touchant l’ensemble du territoire et des composantes du pays, et non le produit d’un déséquilibre limité à une seule région ou à une seule communauté. Elle relevait d’un affaiblissement structurel de l’État et de sa capacité à incarner une souveraineté pleine et entière.


Dans ce contexte, la présence armée palestinienne au Liban a constitué un tournant décisif. À partir de la fin des années 1960, et plus encore avec les accords du Caire de 1969, l’État libanais a accepté de facto l’installation d’un acteur armé autonome sur son territoire. Ce choix a introduit une rupture majeure : celle du monopole de la violence légitime, fondement même de toute souveraineté étatique.


Ce précédent ne doit pas être compris comme un simple épisode conjoncturel. Il a instauré une logique durable, dans laquelle des acteurs non étatiques, souvent adossés à des dynamiques régionales, opèrent à l’intérieur du Liban en dehors du cadre institutionnel. Cette transformation a profondément modifié la nature du système libanais.



La guerre de 1975 s’inscrit dans cette faille. Elle résulte de la rencontre entre une fragmentation interne déjà avancée et l’irruption de logiques armées transnationales qui ont fait du territoire libanais un espace de confrontation dépassant largement ses frontières.



La question des responsabilités ne peut être réduite à une causalité unique. Elle engage à la fois des choix politiques internes, des dynamiques idéologiques, et des interventions extérieures. Toutefois, certains tournants ont eu un effet structurant. L’acceptation, puis la normalisation, d’une autonomie militaire étrangère sur le sol libanais en fait partie.


Cinquante et un ans plus tard, cette question demeure centrale. Le Liban continue d’évoluer dans un système où la décision stratégique échappe en partie à ses institutions, et où des acteurs armés extérieurs ou hybrides influencent directement ses trajectoires politiques et sécuritaires.



L’histoire ne se répète pas à l’identique. Mais elle produit des structures. Et lorsque ces structures ne sont pas résolues, elles tendent à se reproduire sous d’autres formes, avec d’autres acteurs, mais selon des logiques similaires.



Le Liban ne fait pas face uniquement à une crise politique ou économique. Il est confronté à une crise plus fondamentale : celle de l’unité, de la cohérence et de l’indivisibilité de sa souveraineté.

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