La difficulté contemporaine n’est pas seulement de décider, mais de décider dans un temps qui ne cesse de se contracter.
L’urgence est devenue un mode de gouvernement, la réaction un substitut à la réflexion. Tout appelle une réponse immédiate, souvent avant même que la question ne soit correctement formulée.
Dans ce cadre, la décision politique se trouve fragilisée. Non pas parce qu’elle serait impossible, mais parce qu’elle est constamment rattrapée par le commentaire, l’émotion et la pression du présent. Gouverner suppose pourtant autre chose : accepter le temps long, l’incertitude, le risque du choix.
Le temps long n’est pas un luxe intellectuel. Il est une condition de la responsabilité. Décider, ce n’est pas seulement arbitrer entre des options disponibles ; c’est inscrire un choix dans une continuité, en assumer les conséquences, parfois bien au-delà de l’horizon immédiat.
Or, plus le temps politique se réduit, plus la décision tend à se dissoudre dans des cadres préexistants : normes, procédures, contraintes techniques ou juridiques présentées comme indiscutables. Le choix disparaît derrière la nécessité. La responsabilité devient indistincte dans le fonctionnement du système.
Cette évolution n’est pas neutre. Elle produit un sentiment diffus de dépossession : si tout est déjà écrit, si tout relève d’une logique automatique, à quoi bon débattre ? À quoi bon décider ? L’action politique cesse alors d’être un espace de projection collective pour devenir un simple espace de gestion.
Réhabiliter le temps long ne signifie pas ignorer l’urgence, ni refuser d’agir. Cela implique au contraire de redonner sens à l’action, en la reliant à une vision, à un cap assumé. Sans cela, la décision n’est plus qu’un geste technique, privé de portée politique.
Penser le temps long, c’est donc réaffirmer une exigence simple mais décisive : gouverner n’est pas seulement répondre, c’est choisir
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