
Écrire n’est pas un réflexe. Ce n’est pas une réaction à chaud, ni une manière de commenter l’actualité au fil de ses soubresauts. La démarche que je revendique ici est d’une autre nature : elle repose sur la distance, le temps long et le refus de l’agitation permanente.
Nous vivons une époque saturée de discours. Tout est commenté, décortiqué, analysé parfois avant même d’avoir eu lieu. Cette surproduction de paroles produit souvent l’effet inverse de celui recherché : une dilution de la responsabilité. Lorsque tout devient commentaire, plus rien n’est réellement assumé.
La distance que je revendique n’est pas une fuite. Elle est une condition. Prendre le temps d’observer, de relire, de hiérarchiser, c’est refuser l’immédiateté qui empêche de penser. Gouverner, décider, analyser supposent autre chose que l’urgence ambiante et la réaction émotionnelle continue.
Cette démarche s’adresse d’abord au citoyen. Trop souvent, celui-ci est cantonné à un rôle de spectateur : sommé de réagir, d’indigner, d’approuver ou de condamner, sans jamais être invité à comprendre ni à formuler une pensée construite. Or une démocratie vivante ne repose pas sur l’émotion instantanée, mais sur la capacité collective à nommer les problèmes, à poser des mots justes et à accepter la complexité.
Écrire dans ce cadre n’est pas prétendre détenir des solutions toutes faites. C’est refuser le confort de la simplification. C’est tenter de remettre de la profondeur là où le débat se réduit souvent à des slogans, des oppositions binaires ou des postures.
Cette démarche n’a pas vocation à convaincre à tout prix. Elle vise plutôt à ouvrir un espace : celui où la parole n’est ni criée ni instrumentalisée, mais réfléchie. Un espace où l’on accepte de douter, de nuancer, parfois de déranger, sans céder au bruit.
Écrire devient alors un acte modeste mais nécessaire : remettre de la parole là où elle s’est vidée de son sens, et rappeler que penser est déjà une forme de responsabilité.